Régis Airault a été psychiatre au consulat français de Bombay. De cette expérience, il a identifié un syndrome indien qui touche les Occidentaux (particulièrement les jeunes). Il semble indéniable qu’en Inde, notre identité vacille. Certains réagissent plus spectaculairement que d’autres.
Il a identifié deux phénomènes à ce syndrome :
- Le choc de l’Inde : un vécu de déréalisation auquel est soumis tout voyageur à l’arrivée (souvenez-vous, mes premières impressions)
Parfois, ce choc peut être violent et saisir des voyageurs dés leur arrivée à l’aéroport. Il se caractérise par des moments d’angoisse intense parfois teintés de somatisations (plaintes corporelles ou peur d’attraper une maladie) ou par un état d’euphorie avec un sentiment de toute puissance ou par un état dépressif.
- L’épreuve de l’Inde : des sensations nouvelles qui submergent les voyageurs occidentaux provoquant un séisme de l’intime qui peut être à l’origine du syndrome indien.
Par exemple, lorsque le séjour se prolonge plusieurs semaines, le voyageur peut se laisser gagner insidieusement par un sentiment de dépersonnalisation : « Une partie du moi devient étrangère à elle-même et semble absorbée, phagocytée par Mother India. Il ne s’agit pas d’un choc mais d’un affaissement progressif de nos bases mentales. Trop différent du nôtre, l’univers symbolique dans lequel nous baignons en Inde sape les soubassements de notre identité et bouleverse totalement nos repères. Lentement, nous nous enlisons dans les sables mouvants d’un doute profond, existentiel qui porte sur notre être-au-monde, sur notre vision philosophique de la vie et de la mort. »
Surpris par la fréquence des pétages de plombs des voyageurs, Régis Airault en est même arrivé à se demander « si les fous vont en Inde ou si c’est l’Inde qui rend fou… ».
Dans ce livre riche de témoignages et de portraits, il s’intéresse donc au voyage pathologique (celui des fous qui vont en Inde) et au voyage pathogène (celui qui rend fou) puis envisage un déplacement sous l’angle du voyage initiatique (« dans tous les cas, le voyage modifie notre perception de la réalité de l’homme sur la planète et a une valeur initiatique. Il nous interroge notre place dans l’univers et sur l’éternelle question de la mort » pour finir par aborder le sentiment océanique (« élan immensifiant qui permet de communier avec le cosmos »).
Le syndrome de l'Inde, pour résumer ? Des troubles hallucinatoires ou délirants. Etats d'errance ou d'extase, nécessitant le plus souvent un rapatriement sanitaire. Le simple retour en occident règle le plus souvent la situation.
Si vous vous apprêtez à aller en Inde pour la première fois, rassurez-vous ! En effet, la plupart du temps, tout se passe bien (voire au delà de toutes espérances) et dans tous les cas, cette expérience renforce… Après, il est vrai que je suis heureuse d’ avoir lu ce livre qu’à mon retour…
Pour finir, il me semble essentiel de garder en mémoire qu’un voyage en Inde n’est pas « un simple déplacement vers un ailleurs géographique et sociologique, c’est aussi une exploration de notre géographie intérieure ».
Des témoignages de choc à l’arrivée ?



