Dans l'ensemble, les regards et sourires des invites que nous accueillions avec un 'welcome !' etaient chaleureux et sinceres - voire amuses.
Nassim, le maitre de ceremonie semblait satisfait de notre prestation.
Chose rare, nous celebrions le mariage de deux couples. Deux freres avec deux soeurs. Mariages arranges assurement. L'arrivee des couples fut romanesque. Feu d'artifice. Limo blanche immaculee. Notre role avec Sara etait de leur lancer des petales de roses tout au long du chemin jusqu'a l'estrade ou ils passeront la soiree a etre feliciter par les centaines d'invites. Apres avoir servi des jus de fruits aux jeunes maries, nous dumes papoter avec les invites et poser pour les innombrables photos qu'ils nous reclamaient.
Seul un groupe d'hommes aux airs mafieux a tente de nous tripoter : SK et Nassim nous ont immediatement sorties de leurs griffes. SK etait furieux contre eux. Moi non. Comment ne pas se faire manquer de respect, alors que nous portons des tenues provocantes, dans un pays ou les seules occasions ou presque d'avoir des relations sexuelles hors mariage avec une femme se passent avec des prostituees ou des occidentales ? Ne jouons pas les hypocrites lui ai-je assene ! L'ideal serait evidemment qu'aucune occidentale ne se prete a cette mascarade mais ceci est illusoire : il y aura toujours des filles curieuses, naives ou venales qui accepteront de jouer les sexys potiches.
(ai passe la soiree a me justifier quant a ma tenue. En vain. Toutes et tous trouvaient que cela m'allait a ravir... Les cliches sur les occidentales ont la vie belle !)
(par contre, il m'etait strictement interdit de fumer. Seules les femmes pauvres ou les femmes issues des hautes classes se permettent ce geste en public)
(a certains mariages, les hotesses occidentales portent des saris version Bollywood ou le classique pantalon noir/chemisier blanc).
A 23h, Sara et Alice ont commence a s'agacer car il devenait evident que nous etions bonnes pour des heures supp' non remunerees... Ce n'est effectivement qu'a 1h30, lorsque les epoux ont quitte l'estrade pour diner avec leur proche famille, que nous avons pu sauter dans un autorickshaw en direction de notre hotel afin de recuperer nos sacs et prendre le premier train pour Bombay. A quelle heure est le train SK ? Comment ca tu n'as pas achete les billets !?
Alors que nous etions frigorifiees a l'arriere de l'autorickshaw avec une longue attente a la gare ferroviaire en perspective, SK nous a perdues dans les rues de Bandora ! Il ne retrouvait plus la route de l'hotel ! Evidemment, il avait omis de noter le numero de telephone et aucune des rares ames rencontrees ne savait nous renseigner... Habillee comme une pute a 2h du mat' dans une ville indienne inconnue, j'avais jamais fait...
Bref ! Apres avoir tourne plus de 30 minutes, nous avons enfin retrouve l'hotel et enfile nos vetements. Un train pour Bombay entrerait en gare de facon imminente. Nous speedons. SK court acheter 4 billets au guichet. Nous nous engouffrons dans un train archibonde. Alors que nous enjambions des dizaines de corps allonges dans les couloirs des wagons couchettes de deuxieme classe (ceux que les routards bookent), Sara est devenue bleme en debitant qu'il etait en hors de question pour elle de voyager dans ces conditions. "No beggars train" repetait-elle. J'avais beau lui expliquer que ce n'etait pas un train peuple de mendiants mais seulement de voyageurs issus des classes populaires/moyennes, rien n'y a fait... No beggars train.
Nous cedons et laissons filer le train. SK deale alors avec un coolie (un porteur de valises), moyennant bakchich, des couchettes numerotees. Deux heures plus tard et avec une heure de retard, un nouveau train en direction de Bombay entre en gare. Interminable blablabla entre le controleur et le coolie pour une conclusion desarmante : aucune couchette n'est dispo !!! Il est 4h30. Je m'enerve contre SK que je blame pour son manque de professionnalisme. Comment n'a-t-il pas anticipe que les trains allaient etre complets bordel de merde des mes c******s !? Decidant de prendre les choses en main, je pars me renseigner quant aux previsions eventuelles du jour. Tous les trains sont complets me certifie le guichetier. Il existerait neanmoins une infime chance d'obtenir des places "quota foreigners" ou "quota 'ladies" a partir de 8h... Je peste. Les filles me calment et me proposent d'aller tenter notre chance a la gare routiere... qui n'existe point ! Seules des compagnies privees d'autocars font le trajet Baroda-Bombay. Apres vingt minutes a tourner en rond dans une ville endormie peuplee de chiens errants, nous trouvons un mec qui ouvre son bureau. Deux bus relient Bandora a Bombay nous apprend-t-il. Le premier est parti y a un quart d'heure. Le second est a 18h. Fou rire nerveux general.
Retour a la gare ferroviaire ou nous tentons d'elaborer un nouveau plan. Sur le parvis, j'allume une clope. SK me taxe la derniere. Soudain, six flics nous assaillent litteralement : il est interdit de fumer dans les lieux publics en Inde. Nous sommes a dix metres de l'entree de la gare et a deux de la sortie. Nous leur expliquons nos deboires. Notre histoire ne les amadoue point. Agressifs, ils menacent SK de l'emmener au commissariat ou ce serait le passage a tabac assure. Nous tentons avec Sara et Alice de les faire changer d'avis mais le ton monte et les mots "event" et "tourist" resonnent dans ma tete... S'ils decident de verifier mon visa, c'est l'expulsion immediate cause travail au noir. Je fais alors profil bas et commence serieusement a flipper tout comme Alice qui sait de quoi est capable la maree-chaussee en Inde.
(de multiples cas de viols par des flics sont notamment relates dans les journaux)
Nous ecopons finalement SK qui m'a balancee et moi-meme par consequent d'une simple amende de 100 roupies (1.50 euros) chacun.
Nous retournons a la gare, redealons avec un coolie et reattendons un train en retard. A 6h30, nous nous allongeons enfin sur des couchettes en seconde classe. Amen !



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