L'année dernière, j'ai passé une semaine à Varanasi (ex-Bénarès) sur les rives du Gange dont trois jours sous la pluie : j'avais été incapable d'écrire sur la cité de Shiva, vieille de 2000 ans.
Varanasi est une "petite Inde" que l'on se plait a adorer ou a detester. (Tres) sale et bruyante avec de constantes coupures d'electricite, Varanasi n'est pas une ville safe la nuit. Ici, il faut savoir parsemer les "oui" pour surtout debiter des "non" aux innombrables sollicitations de rabatteurs en tout poil, de boat men, de mendiants estropies, de sadhus fumeurs de shilom, d'enfants vendeurs de kit a priere... sans quoi il est difficile de se perdre et de se (re)trouver, d'etre dans le tourbillon.
Varanasi est le lieu ideal en Inde pour prendre des cours de musique. Malheureusement, je n'ai pas le temps de me mettre a la sitar ou aux tablas. Un jour, je m'essayerais ici au chant traditionnel indien. Sab Kuch Milega : Tout est possible meme pour une casserole comme moi. Magie indienne.
Errer sur les ghats, le long du Gange asphyxie, signifie se confronter a la vie et a la mort, a l'ordinaire et a l'extraordinaire. En un meme souffle : une image se superpose a une autre, une emotion en chasse une autre, la beaute fait place a la laideur, la joie de vivre a l'envie de vomir. Varanasi, paradis des photographes ? Pas sure tellement il est difficile de prendre de la distance et d'isoler un detail.
Les deux ghats de cremation, inevitables attractions touristiques, revulsent les uns et hypnosent les autres. Pour les hindous, se faire incinerer a Varanasi purifie l'ame. Six categories d'hindous sont deja purs ; leur corps sont alors jetes directement dans le fleuve sacre : sadhus, nourissons, lepreux, femmes enceintes, morts par morsure de serpents et... vaches !
Assister a la consumation d'un corps enturbanne, sentir cette odeur d'entrailles fumantes, avoir les yeux qui piquent, ecouter les psalmodies des pretres et devoir entendre les explications des guides inevitables est une experience que la plupart des touristes se font subir. Saviez-vous qu'un corps se consume en 3 heures ?
A premiere vue, Varanasi n'est que folklore epice de spiritualite : entre sadhus trident a la main et touristes neo-babas qui se laissent envahir par leur folie, entre brahmanes aux regards effrayants et buffles mornes, entre chiens errants mangeurs de restes humains et chevres couvertes de pulls (la saison est encore fraiche).
Pourtant Varanasi est plus profonde que cela. Cette ville ne peut laisser indifferent meme les plus athees d'entre nous. A Varanasi, on trouve meme ce que l'on ne cherche pas. L'annee derniere, alors que je buvais un the sur les ghats, le regard perdu sur le Gange, des larmes ont perlees silencieusement sur mes joues et je me suis entendue me promettre qu'un jour, j'aurais des enfants. Je n'ai toujours pas compris ce qui s'etait produit ce jour-la...
Peggy et Shiyas partis, Amanda visitant un ashram, je m'apprete a arpenter les ghats. Se laisser aller. Ne pas lutter. Contempler. Partager. Echanger.
Vivre avant de mourir.



Emotion palpable. J'aime quand tu laisses parler la Céline du dedans.
Sinon "A Varanasi, on trouve meme ce que l'on ne cherche pas." Voilà qui m'inspire un roman fantastique...
Rédigé par : Lily | 30 janvier 2008 à 10h51
J'aime quand tu te livres dans tes textes ! Nul doute qu'à ta place j'aurais également des pensées profondes. La solitude, l'atmosphère et le dépaysement sont autant d'occasions de prendre du recul sur soi même. Le départ va être difficile , je sens...
Rédigé par : Ceucidit | 30 janvier 2008 à 14h05
Regarde dans ton email pour ta note effacée.
Rédigé par : kowalsky | 31 janvier 2008 à 01h50
Ce cap là ...
:)
Rédigé par : e-cedric | 31 janvier 2008 à 14h04
Toujours aussi plaisant de te lire.
Les images de Delhi me reviennent : la multitude, le vide, le trop; le peu ...
Merci pour la balade.
A bientôt.
Vincent.
PS : et tu n'as pas fait un article sur les 60 ans de la mort de Gandhi ...
Rédigé par : Vincent | 06 février 2008 à 15h47
Coucou Céline...
J'ai attendu longtemps de te lire au sujet de la troublante Varanasi... quelle émotion... Elle m'appelle de nouveau et je crois bien que je vais céder à ce nouvel appel, cette fois... beaucoup de questions quant à la mort... quelque chose qui se confond beaucoup, essentiellement avec mon histoire personnelle... merci pour ce très bel article.
Rédigé par : Olivier | 06 juillet 2008 à 01h19