Deux types de manifestations rythment la vie sociale des indiens permettant enfin aux deux sexes de se côtoyer : les nombreuses fêtes religieuses que comptent les calendriers hindous, musulmans, jaïns, bouddhistes, sikhs ou chrétiens et les mariages.
En Inde, le mariage constitue un évènement majeur qui se prépare plusieurs années avant la date et même si les "mariages d'amour" sont en croissance, la majorité des mariages restent arrangés.
Plusieurs paramètres sont alors sérieusement étudiés, analysés, synthétisés avant d'être soumis par les parents de la jeune fille à l'avis de la famille élargie, des amis, des connaissances, de généalogistes, de prêtres et d'astrologues pour proclamer qu'un garçon et une fille sont destinés à devenir mari et femme.
La religion mais aussi la caste, la sous-caste, le statut social, l'âge, la langue (18 langues sont parlées en Inde) ainsi que les astres sont autant d'éléments pris en considération pour établir une short list des maris potentiels. L'influence de Mars est, par exemple, essentielle : les poisseux nés sous l'influence de cette planète, les manglik, doivent épouser un/une manglik pour une meilleure harmonie... Mon jeune ami Dinesh de Khajuraho m'a confié, qu'à sa naissance, des astrologues ont écrit son thème astral dans un grand livre : il est aujourd'hui persuadé que ce grand livre contient son destin.
Selon la loi indienne, toute discrimination basée sur la religion ou la caste est illégale mais en pratique, la plupart des gens respectent ce système des castes. Il en existe 4 divisées en milliers de sous-castes (par exemple, mon filleul -brahmane- se fait appeler Amit Pathak : Pathak n'est pas le nom de son père mais le nom de sa sous-caste : fermier). Par "ordre d'importance" :
- Les brahmanes - prêtres : nés de la bouche de Brahma
- Les kshatriya - guerriers et aristocrates : issus de ses bras
- Les vaishya - commerçants : issus de ses bras
- Les sudra - tous les autres : issus des pieds de Brahma
En bas de l'échelle sociale se trouvent les dalit (autrefois appelés intouchables et nommés aujourd'hui officiellement "castes répertoriées") sont encore relégués aux taches les plus ingrates dans l'acceptation générale.
Dans les milieux urbains, la catégorie socio-professionnelle tend à se substituer au système des castes pourtant primordial pour la population rurale (75% des indiens). Ces dernières années, une nouvelle "caste" convoitée est née, celle des NRI entendre les émigrés.
Si un garcon ou une fille décide d'épouser quelqu'un d'une autre caste, la famille risque d'être mise au ban de la société, ce qui peut s'avérer catastrophique au sein d'un milieu rural.
Pour résumer, c'est à la famille de la jeune fille d'user de son réseau (à defaut mettre une petite annonce dans le journal du dimanche) pour trouver la perle avant de payer la dot au tarif exhorbitant de 500 000 roupies - un peu moins de 10 000 euros !!!). Autant vous dire que la majorité des familles s'endettent (parfois à vie), que les fils uniques ont de lourdes responsabilités et travaillent d'arrache-pieds pour leurs soeurs (pour qui il est plus que préférable de convoler avant l'âge de 26 ans ; les hommes ont un délai supplémentaire : 28 ans est une limite acceptable) et que les avortements sont légions... Evidemment, je ne me tenterais pas de dire que cet argent serait mieux employé s'il servait à financer des études...
J'ai cru deviner que les jeunes filles ont souvent la possibilité de choisir entre plusieurs prétendants légèrement plus âgés qu'elles pour favoriser l'espérance de vie du couple et amoindrir leurs "chances" de devenir veuves précocement (statut économique et social peu enviable...). Par ailleurs, le taux de mortalité des femmes est si élevé en Inde (accouchements, stérilisations et avortements souvent faits à l'arrache...) que la pyramide des âges n'est pas comparable à la nôtre... Sinon, parfois mais non systématiquement, les futurs mariés ont l'occasion de se rencontrer pour faire légèrement connaissance avant la date de la cérémonie mais toujours en compagnie d'un chaperon.
Bref ! Le jour du mariage, le jeune homme, qui porte un achkan, une longue veste à col d'officier, arrive en grande pompe à la maison de ses futurs beaux-parents où se déroule la cérémonie, sur une jument blanche richement ornée de brocards aux fils d'or. La procession est généralement accompagnée d'une fanfare cacaphonique. La famille et les amis du jeune homme dansent tout le long du chemin. C'est ainsi, qu'à Pushkar, je me suis initiée à la danse indienne avec le baraat (l'entourage nuptial). Un grand moment !
La fête dure alors toute la nuit et est interrompue par la cérémonie : le couple est alors uni par un brahmane et obéit à plusieurs rituels comme faire 7 fois le tour d'un feu sacré.
La jeune mariée, parée de bijoux en or, porte un sari rouge brodé de fils d'or. Je n'ai jamais vraiment assisté à un mariage (n'ai donc jamais parlé avec une jeune mariée) mais pour le peu que j'en ai vu et ce qu'on m'en a dit, elles ne semblent pas très épanouies ce jour-là, malgré les strass et paillettes... L 'idée de quitter les siens pour partir vivre dans sa belle-famille (avec toutes les incompatibilités d'humeur que cette inconfortable situation provoque fréquemment) doit certainement les effrayer. A moins que ce soit l'imminence de leur nuit de noces donc de leur dépucelage. Ou les deux. Dans tous les cas, l'Inde recense taux élevé de suicide chez les jeunes femmes...
Après le mariage, la jeune fille peut alors arborer le signe distinctif des femmes mariées : un trait de sindoor, une poudre vermillon, dans la raie des cheveux et/ou un bindi rouge.
Pourtant, ce qui m'étonne, c'est que beaucoup de couples semblent très heureux même s'ils ne se sont pas vraiment choisis et ce, bien que les films de Bollywood ne parlent que de romantiques histoires d'amour qui frustrent plus d'un spectateur... Certains couples s'amusent même à me taquiner : "Mariage arrangé ou mariage d'amour ?". Je suis alors plutôt mauvaise pour deviner...
Avec nos taux de divorce, nous n'avons pas non plus la solution... peut être que même si ma mère avait choisi pour moi, je n'en serais pas là... De toute façon, même les malheureux en mariage n'envisagent pas de procéder autrement avec leurs filles alors...
Je concluerais cette note en vous disant de l'oublier... parce que tout est possible en Inde ! Tout ce que je viens d'écrire peut se prêter au négoce et être remis en question...
PS : Ma mère d'adoption m'a doucement suggéré de m'aider parce qu'à 32 ans, quand même, il serait temps...



Je pense que pour nous, occidentales du XXIè siècle, un mariage arrangé est inconcevable, mais un mariage d'amour fait partie du rêve et est tout aussi inconcevable pour tes amis indiens. Les films de Bollywood tournent toujours autour de cette partie de rêve, mais on dirait bien que c'est de rêve qu'il s'agit.
Rédigé par : Claude | 10 février 2007 à 08h31
Merci pour cette note très claire sur le mariage indien.
ps : Pas de mariages arrangés en Occident, mais tu peux leur parler des rencontres "arrangées" sur Meetic et co, parce qu'ici, la réalité n'est pas forcément plus rose. Vaut-il mieux être seule que mal accompagnée, cette question doit surement être celle que se posent toutes les jeunes filles contraintes de se marier...
Rédigé par : marouschka | 10 février 2007 à 08h56
@ Claude : L'ideal pour eux est peut etre d'allier l'amour a la raison (meme caste, etc...) pour ne pas decevoir ou pire deshonorer leur famille, plus importante que tout...
D'un autre cote, peut etre choisissons-nous notre mari en Occident mais combien d'entre nous se marient avec une personne de CSP ou de couleur differente ?
@ Marouschka : Tres bonne question que je poserais a l'occasion !
@ Claude et Marouschka : L'unique difference entre les hommes et les femmes a ce niveau, c'est que les hommes continuent de vivre avec leur famille : nombre de maisons abritent le pere et la mere avec leurs fils/epouse/petits-enfants.
Rédigé par : Celine aka La Funambule | 10 février 2007 à 14h03
Ah oui, la vie dans le belle-famille du mari ne doit pas faciliter le quotidien des jeunes mariés ! D'ailleurs pourquoi cette coutume existe-t-elle ? Question de moyens ?
Rédigé par : marouschka | 11 février 2007 à 09h51
@ Marouschka : tu me poses une colle... Je vais me renseigner...
Sinon a defaut de trouver une jeune mariee, j'ai trouve un jeune celibataire de 23 ans a qui j'ai demande s'il preferait etre seul que mal accompagne. Il m'a repondu que si sa femme etait malheureuse, c'est qu'il faisait des erreurs et/ou qu'il se comportait mal, ce qui revient a dire qu'il ne respectent pas ses devoirs envers elle. Chose impossible pour la plupart des indiens puisque qu'accomplir leurs devoirs (dharma) est primordial : ainsi, ils ameliorent leur karma et peuvent esperer se reincarner dans une caste superieure (je schematise grossierement...).
Alors, si sa femme est malheureuse, c'est a lui de changer pour qu'elle se sente mieux. C'est son devoir.
J'ai aussi demande s'il preferait etre seul que marie a une femme qu'il n'aimait pas. Il m'a repondu : "ne pas etre seul". De toute facon, tant qu'il n'est pas marie, il ne peut pas savoir s'il finira par aimer ou non son epouse. Donc, first : il se marie. Second : il fait son devoir de mari et si l'amour nait entre eux, tant mieux !
L'hindouisme est plus qu'une religion, c'est une philosophie de vie... Tout le charme de l'Inde et des indiens dans ces reponses...
Rédigé par : Celine aka La Funambule | 11 février 2007 à 10h52
Merci Céline, je comprends mieux ! Finalement, le mari étant en devoir de tout faire pour plaire à son épouse, la jeune mariée, à défaut de choisir son homme, peut espérer être bien traitée... J'espère pour toutes ces femmes que la notion de devoir envers elles est assez importante pour qu'elle soit respectée un maximum par les maris.
Rédigé par : marouschka | 11 février 2007 à 16h26
@ Marouschka : Autant de cas particuliers que de couples... Apres y a des cons et goujats partout... et pas uniquement en Inde... :-)
Rédigé par : Celine aka La Funambule | 12 février 2007 à 02h05
visiblement en france aussi c'est certain...
et l'infidélité c'est perçu comment là bas ?
Et puis pour mon blog, on dort sur quoi là bas ? et de quelle heure à quelle heure ? ^^
Rédigé par : julie Calmier | 12 février 2007 à 09h21
Autre question qui me traverse l'esprit Céline... Est-ce qu'il arrive que les familles abandonnent l'enfant à la naissance, ou pire même, s'ils s'aperçoivent que c'est une fille (pour ne pas payer de dot, ou parce que la famille ne peut pas) ?
Suis un peu lourde sans doute avec toutes mes questions de débutante...
Rédigé par : marouschka | 12 février 2007 à 12h16
Comment ça tu fêtes pas le nouvel an tibétain avec le bo gosse...T'es célibataire et tu te consoles même pas avec cet éphèbe là ! Mais y a toute une éducation à refaire ma petite...^^
Rédigé par : Julie Calmier | 13 février 2007 à 05h45
Bonjour Céline,
Merci pour cette note très précise et excessivement proche de la réalité.
Effectivement, officiellement, les castes n'existent plus, or on peut la supposer d'après la CSP, tu as raison. De plus, on peut supposer la caste d'origine d'après la consonnance du nom de famille : en Inde, la quasi-totalité des Religions du Monde se cotoyent. Une grande partie des Indiens Musulmans, Chrétiens ou Juifs sont issus de la Caste des Intouchables. En fait, les Religions monothéistes "offrent" plus de possibilités de "rédemption" dans cette vie-là, les notions de Dharma et de Karma n'y ont pas d'existence. Sur les changements de religions, j'ajouterai que, suite à la colonisation française (pour ce que je connais), certaines familles ont eu "la possibilité" de changer de nom et de Religion pour pouvoir accéder à des postes dans la fonction publique dans les Comptoirs.
Pour la question d'infanticide et foeticide féminin, les avis sont partagés. En fait, ça dépend de qui parle et du message sous jacent. Selon les mouvements féministes occidentaux : le phénomène existe de façon généralisé. Selon les mouvements occidentaux pour les Droits de l'Enfant, le phénomène existe surtout chez les classes défavorisées et principalement dans les campagnes. Selon les autorités indiennes, le phénomène n'existe que de façon marginal ... En fait, je crois que nos propres valeurs occidentales sont émues par cette seule idée de détruire la vie d'un enfant pour quelques raisons que ce soient, ce qui nous empêchent d'être objectif lorsque nous écrivons ou lorsque nous lisons.
En tout cas, Céline, MERCI pour ta vision de l'Inde, tes remarques pleines de spontanéité et de vérité. Merci pour le voyage.
A bientôt.
15.
Rédigé par : Vincent | 14 février 2007 à 10h55
Céline, alors voilà, un beau gosse dans le coin et tu nous oublies ! C'est du beau travail, ça ! (je plaisante, je suis la première à te dire de profiter !)
Rédigé par : marouschka | 16 février 2007 à 07h06
@ Julie : Pour l'infidelite, je me renseignerais a l'occasion... Je ferais un tir groupe de tes questions avec celles de Marouschka des que je retourne en terre hindoue.
Quant au sommeil, ici, les gens dorment sur des lits un peu comme chez nous (l'epaisseur du matelas en moins) ou sur des lits en corde que j'adore ou sur des matelas/tresses a meme le sol ou sur des cartons ou sur le sol.
Ah ! Info interessante : Beaucoup d'indiens dorment sur leur lieu de travail (hotel, restaurant, magasin...).
Par ailleurs, je crois deviner qu'il existe souvent qu'une piece pour toute la famille ou les enfants dorment dans la meme piece que les parents... Bref, l'intimite, ce n'est pas cela.
Beaucoup se levent avec le soleil.
Je ne te promets rien mais je peux essayrer de te faire une belle et jolie note sur le sommeil en Inde parce que je m'apercois qu'il y a beaucoup de choses a dire !
Marouschka : Pfff ! Tu n'es pas lourde du tout ! Au contraire, quel bonheur de te sentir interessee par la question !
Oui, cela arrive... Vois la reponse tres complete de Vincent.
@ Julie et Marouschka : Peut etre que je me suis gourree et qu'il y a malentendu sur la pretendue infidelite de monsieur... mais bon, pas plus de nouvelles...
@ Vincent : Merci a toi pour tes commentaires tres complementaires de mes notes (notamment celui sur les temples erotiques de Khajuraho).Waouh ! T'es cale sur l'Inde !!!
A mon sens, les autorites indiennes masquent la verite... C'est un vrai probleme en Inde !!!
Sinon, une nouvelle loi donnant de plus larges droits aux femmes vient d'entrer en vigueur : elles peuvent, par exemple, dorenavant, heriter...
@ Marouschka : Autocensure :-)
Rédigé par : Celine aka La Funambule | 23 février 2007 à 12h01
Oui, j'avais oublié de te dire merci Vincent pour avoir répondu à ma question !
Rédigé par : marouschka | 26 février 2007 à 13h52
50 000 roupies, c'est moins de 1 000 euros
Rédigé par : Adrien | 01 mars 2007 à 07h48
@ Adrien : Merci ! J'ai rectifie ! La dot d'une jeune indienne s'eleve bien a 500 000 roupies c'est a dire un peu moins de 10 000 euros.
Rédigé par : Celine aka La Funambule | 01 mars 2007 à 08h04
Bonjour Céline,
Je ne sais pas si je suis "calé sur l'Inde" mais je sais que je suis passionné d'Histoire et de psychosociologie.
En tout cas, merci à toi de nous laisser nous exprimer avec toi sur le sujet.
Bonne continuation.
A bientôt.
15.
Rédigé par : Vincent | 01 mars 2007 à 14h02
Salut à tous et à toutes !!!
Voilà : ton "reportage" et la discussion m'ont super intéressée, et j'aimerais savoir si tu pouvais en dire un peu plus à une débutante, stp.
Je fais des TPE là-dessus et j'ai ENORMEMENT de mal à trouver ne serait-ce que quelques infos sur les coutumes d'une famille indienne !!!!!!!!!!
Pourrais-tu m'aider STP parce que, là, je rame et ça m'em...bête !!!
Voilà, en attendant ta réponse, MERCI d'avance et à bientôt !!!!
Rédigé par : Sandrine | 03 décembre 2007 à 16h58
@ sandrine : Je suis de nouveau en Inde et lisible a cette adresse : www.indorama.typepad.fr
Envoie moi un mail !
Rédigé par : Celine | 19 décembre 2007 à 11h37